02 mars 2007
Quand le digital efface le manuscrit
Quand je disais qu’on trouve peu de réflexions de haut vol sur les rapports entre nouvelles technologies et l’appréhension du monde, j’exagérais un tantinet. Quoique.
A la fin du siècle dernier, il y eut Pierre Lévy, grand prophète de la cyberculture Et la médiologie, autour de Régis Debray, qui semble désormais plus préoccupé de réflexions théologiques. Aujourd’hui, c’est peut être Bernard Stiegler qui tient la corde, mais il brasse tellement de sujets que l’on peine à s’y retrouver.
Bref, il y eut beaucoup des choses passionnantes à lire, et il y a encore, mais comme elles paraissent éloignées du monde numérique en train de se faire…. Entre le claviardage oiseux de la plupart des bloggeurs et les recherches monacales des « penseurs de la technique », l’écart me semble bien grand.
On se prend encore à rêver à un Wired à la française, mais après tant d’échecs malheureux (Interactif magazine, Futur(es), Transfert..), qui oserait encore se lancer, même en ligne ?
Bref.
Et pendant ce temps, le monde se numérise, et l’Homme mute.
Il parait que la nouvelle génération – la génération game boy et SMS, celle d’Hugo mon arrière petit fils - a tendance à presser les interrupteurs avec le pouce et non l’index.
Mon petit fils, Antoine (le père d’Hugo) m’a, quant à lui, parlé de sa difficulté croissante à écrire à la main.
« Même pour une liste de courses, j’ai du mal. Parfois je n’arrive pas à relire mes post it. Je crois que j’ai définitivement perdu l’habitude d’utiliser un crayon. En fait, je n’ai pas écrit une page manuscrite entière depuis plusieurs années. Il m’arrive même de m’envoyer une adresse par mail plutôt que de la noter sur un bout de papier. ».
Cela parait trivial, marginal, mais je pense que c’est une vraie mutation anthropologique. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la façon d’écrire, même dans son aspect le plus quotidien, change radicalement : l’écriture ne naît plus d’un mouvement de la main, ce n’est plus une suite de lignes tracée, une trace unique sur un papier, c’est une suite de caractères tapés sur un clavier, codés, conservés, répliqués sous forme de 0 et 1. L’écriture n’est plus analogique : la belle continuité, le lien direct entre cerveau, main, crayon et papier n’existe plus. Ou presque.![]()
L’Homme, l’homme moyen de demain, est en train de perdre une capacité vieille de plusieurs millénaires. L’écriture manuscrite s’efface. Et cela indiffère tout le monde.
Sur ce, je m’en vais aiguiser mes couteaux, j’ai un calame à tailler.
18:35 Publié dans walter, marshall et les autres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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